5 424 mètres !
  

5 424 mètres !






, Chili
le 20/03/2017

 

Alors que nous avançons à grand pas vers la fin de notre road trip Sud-Américain, nous avons, cette semaine, avancé, à petits pas, pour gravir le Cerro Plomo. Cette immense montagne de neige proche de Santiago atteint 5 424 m. Un trek partagé avec nos amis Suisses, Maude et Kévin, et qui conclue sûrement l’ensemble de nos treks andins… De fort belle manière !

 

C’est chargés comme des mules que Kevin, Maude, Meryl et moi quittons l’appartement dimanche matin avec chacun au minimum 20 kg sur le dos. Un premier bus puis un second nous conduisent à la sortie de Santiago. Nous sommes chanceux quand un pick-up s’arrête à la levée de nos pouces et nous prend, tous les 4, pour se rendre à la station de ski La Parva (2 700 m), point de départ de notre trek.

 

La route est vertigineuse et, surtout, tortueuse avec environ 38 virages sur 20 km. Une route à faire pâlir la montée de l’Alpe d’Huez ! Nous envions les cyclistes qui, certes, ont une rude montée mais qui ne subissent pas les virages à l’arrière d’un pick-up où nous sommes serrés et enfumés par les odeurs de « joint » du conducteur et de son co-pilote. En 3h, nous sommes déjà à 2 700 m et chargeons nos sacs sur le dos pour nos premiers mètres.

 

Le long d’une piste sans neige, nous croisons beaucoup de vététistes présents pour une compétition. Ensuite, nous nous engageons pour une longue montée sous un télésiège sur lequel sont assis les vététistes avec leurs vélos.

 

Pendant que nous cherchons notre souffle toujours dans cette montée, les vététistes, eux, dévalent la piste à toute vitesse. Nous sommes jaloux !

 

Enfin, nous arrivons en haut du télésiège à 3 300 m avec une vue sur le domaine skiable de La Parva. Encore 200 m de montée et nous découvrons une petite lagune, la laguna Piuquenes, où nous montons nos tentes. De notre campement, la vue est incroyable. A l’Est, se dessinent des crêtes orangées pendant qu’à l’Ouest, le ciel arbore ses couleurs rosées d’un coucher de soleil. Dans la lagune, nous barbotons pour se laver de la poussière journalière.

 

Lundi matin, nous trouvons rapidement de l’eau dans un fond de vallée ou quelques vaches paissent. Ouf ! Nous remplissons nos gourdes et continuons notre chemin dans un cadre minéral coloré. C’est à se croire en Islande. Ici aussi, les roches sont volcaniques et, surtout, acides conférant ces couleurs exceptionnels.

 

Le chemin tourne et nous passons dans la vallée offrant nos premières vues sur le Cerro Plomo. Nous nous enfilons dans cette vallée sur un sentier à flanc de montagne. Puis, nous posons le camp sur une zone verdoyante bordée par la rivière del Cepo naissant des glaciers du Plomo.

 

Pour s’acclimater, nous faisons une ascension jusqu’à un col au pied du Cerro Bismarck, où nous passons la barre des 4 000 m (une première pour Meryl). Nos tentes nous paraissent minuscule (700 m plus bas) et la vue, au loin, gigantesque.

 

Deux condors tournoient au-dessus de nos têtes. Le spectacle est grandiose.

 

La redescente est rapide à part pour Meryl dont les chaussures sont en fin de vie et se remplissent de petites roches. La toilette est fraiche dans la rivière mais son eau est délicieuse à boire. La lune éclaire la nuit et masque un ciel étoilé que nous attendons impatiemment.

 

Mardi matin, nous attaquons assez tôt car il est prévu que le temps ne soit pas favorable au cours de l’après-midi. Le chemin longe la rivière encore glacée à certains endroits. Nous prenons, ensuite, de l’altitude. Cela nous réchauffe et nous offre une vue plongeante sur la vallée derrière nous qui joue entre ombre et lumière au rythme du lever de soleil.

 

Au pied du Cerro Plomo, nous découvrons le camp de base composée d’une cabane et de quelques cercles de pierres pour protéger les tentes du vent. Nous sommes loin de la folie du camp de base de l’Everest mais cela nous va d’autant plus que nous sommes tout seul.

 

Après la galette pique-nique, nous grimpons sur le sentier qui mène au sommet du Plomo. Mais, pas de sommet cette après-midi, juste une petite acclimatation à 4300 m. Le temps de revenir au camp de base la météo a changé Le vent s’est levé et les nuages sont arrivés. 

 

Nous passons le reste de la journée dans la mini cabane à l’abri du vent, du froid et des quelques flocons de neiges. Pendant que nous cuisinons dans notre abri, le ciel se lève peu à peu et le coucher de soleil donne des couleurs spectaculaires aux nuages dansant au-dessus du Plomo.

 

La nuit a été fraîche mais, mercredi matin, le ciel bleu est de retour. Nous prenons notre temps et partons pour une nouvelle rando d’acclimatation en direction du Cerro Leonera (4 954 m) qui fait face au Plomo. Malgré l’altitude, nous nous sentons assez bien. Personne ne souffre du Mal Aigu des Montagnes et nous avançons, chacun, à nos rythmes. Après 1 h, nous découvrons un superbe lac gelé au pied d’un petit glacier descendant droit du Leonera. Nous ne tenterons pas de marcher dessus !

 

Plus haut, nous arrivons à un col qui offre une vue incroyable sur un versant sud rougeoyant contrastant avec le blanc glacial du Plomo côté nord.  Nous continuons sur un sentier vertigineux jusqu’à atteindre les 4 600 m. Ici, le vent souffle plus fort à contrario de notre souffle qui s’essouffle !

 

La vue est panoramique et le lieu parfait pour un pique-nique. Nous n’irons pas plus haut aujourd’hui. Il nous fait garder des forces pour demain. Demain, c’est le grand jour ! La redescente est une nouvelle fois ultra rapide. Cette descente rapide nous permet de profiter des derniers rayons de soleil, à l’abri du vent, adossés à la cabane … Nous contemplons le Plomo, prêts à en gravir son sommet !

 

Nous dinons dans notre cabane et ne tardons pas à nous coucher. Demain, le réveil est programmé à 5 h du matin.

 

A notre réveil, jeudi, le ciel est magnifiquement étoilé et le vent presque inexistant. Une météo parfaite pour grimper le Plomo. Après un rapide déjeuner, nous partons emmitouflés et excités. Après une petite heure, nous sommes déjà à 4 400 m. Nous buvons un peu de thé et repartons à l’attaque d’une montée bien raide. A 4 600 m, nous arrivons à la cabane Agostini dans laquelle nous nous protégeons du vent glacial qui accompagne le lever de soleil. Quelques biscuits et un verre de thé, puis, nous quittons la cabane presque avec regrets.

 

La seconde portion de montée est régulière mais très froide. Trop froide pour Meryl qui subit l’onglet au niveau des pieds. Rien de très agréable. En rejoignant une crête, nous trouvons le soleil et réchauffons les pieds et mains de Meryl qui retrouve, peu à peu, le moral. Le ciel s’éclaire pendant que nous continuons notre ascension.

 

Le sentier revient, face sud, à l’ombre et le froid nous transit de nouveau. Qui plus est, le chemin est technique et demande vigilance pour ne pas retomber 1 000 m plus bas. Lors de cette montée, nous passons au-dessus du Mont-Blanc, l’altimètre affichant 4 810 m !

 

Quand nous atteignons les 5 000 m, nous retrouvons le soleil et, surtout, le vent disparait presque. Nous sommes au pied d’un des glaciers du Plomo. La vue est impressionnante tout autour de nous. Cela faisait 5 jours qu’ils dormaient dans nos sacs. Il est, maintenant, temps de chausser les crampons pour évoluer sur une partie du glacier.

 

La montée est technique mais évoluer sur le glacier offre un autre plaisir. De plus, le soleil qui se reflète sur la glace nous réchauffe un peu plus. Les chaussures de Meryl laissant évidemment passer la neige fraiche de la veille, nous retrouvons le chemin pour déchausser les crampons. Kevin et Maude, eux, continuent sur le glacier en direction du sommet.

 

La montée est moins difficile mais l’oxygène commence à manquer. Nous atteignons, enfin, la crête finale qui nous mène vers le sommet. C’est la première fois que nous voyons le versant nord du Plomo. C’est exceptionnel. Il y a des glaciers partout et surtout l’Aconcagua (plus haut sommet d’Amérique du Sud) en ligne de mire. Mais, ce n’est pas fini et les 150 derniers mètres de dénivelée positive sont très éprouvants. Le souffle est court et le vent est de retour !

 

Courageux et ensemble, nous arrivons au sommet où nous retrouvons Kevin et Maude. Nous nous tombons dans les bras et essuyons quelques larmes… L’émotion est à la hauteur de notre effort ! Nous sommes au sommet du Cerro Plomo. Nous sommes à 5 424 m ! Nous retrouvons un peu de force pour faire quelques photos et profiter d’une vue magique sur tous les versants et, spécialement, au nord où culmine l’Aconcagua à 6 962 m.

 

Le corps n’étant pas fait pour vivre si haut, nous redescendons pour redonner de l’oxygène à notre cerveau et à nos muscles. Nous rechaussons les crampons pour traverser le glacier et reprenons le chemin inverse. Le soleil baigne le Cerro pendant que nous nous baignons dans le bonheur de l’avoir gravi. Après 2 h de descente, nous faisons une pause pique-nique à la cabane d’Agostini. Affalés contre le toit au soleil, nous subissons un peu le contre coût des efforts matinaux mais jubilons de notre ascension.

 

En fin d’après-midi, nous retrouvons le camp de base que nous regardions d’en haut quelques heures plus tôt. Maintenant, nous sommes en bas et nous regardons vers le haut, fiers d’avoir monté la montagne « Apu » signifiant « gardien de la vallée » chez les Incas.

 

Le soir, nous sommes rejoints dans la cabane par un groupe de 5 alpinistes. Au revoir notre tranquillité et bien heureux le départ du camp de base le lendemain.

 

Vendredi matin, nous levons donc le camp. Il est temps de remettre les sacs chargés sur le dos. La première montée est difficile, comme si le corps ne voulait plus. Par un chemin vertigineux, nous arrivons sur un immense plateau minéral surplombant deux vallées rougeoyantes. Le chemin avance et nous ne pouvons nous empêcher de nous retourner pour jeter un œil sur le Cerro Plomo, toujours étincelant !

 

Pendant que nous avançons la météo change. Les nuages prennent place dans le ciel bleu qui se grise. Durant le pique-nique, un dépôt blanc recouvre nos sandwichs. Il neige. Nous nous couvrons et continuons la marche sous une météo hivernale. Après une descente très rapide, nous retrouvons la lagune de notre premier bivouac. Cette fois ci, impensable d’y planter la tente pour la nuit aux vues des conditions météos qui empirent.

 

Nous prenons donc la décision de redescendre vers la station et d’aviser ensuite. Dans la descente, la météo tourne à l’orage avec un vent violent, de la neige mêlée à la grêle et des coups de tonnerre.

 

C’est un coup de théâtre qui nous arrive. Enfin qui arrive à Maude. Dans la descente, sa cheville tourne. Elle se retrouve à terre avec une cheville qui enfle… ça ressemble fortement à une entorse. Pendant que nous lui faisons un bandage, les éclairs s’intensifient. Un vrai film catastrophe ! Heureusement, nous ne sommes plus très loin du pied de la station. Meryl court pour stopper une voiture qui passe en bas.

 

Travaillant pour la station, les hommes montent avec leur pick-up récupérer Maude et Kevin. Nous redescendons, ensuite, tous les 4 vers le village de la station pour voir le médecin. Pendant qu’il confirme l’entorse, Maude enchaine les coups de fils avec ses assurances, sans grandes réussites.

 

La bonne nouvelle c’est que nous savons comment redescendre à Santiago. Un petit tour en ambulance nous attend. Maude monte devant et nous trois à l’arrière. La descente en virage sans vue est assez difficile pour Meryl et moi. Nous sommes à deux doigts de s’allonger sur le lit et de mettre le masque à oxygène.

 

Enfin, nous arrivons à une clinique à l’entrée de Santiago où, après 1 h, nous apprenons que la clinique ne dispose pas d’appareil de radiographie. Pendant que l’ambulance repart sans que nous ne payions un peso pour le transport, nous prenons un taxi pour rejoindre une autre clinique plus au centre et disposant d’un service radiologique.

 

Pendant que nous réservons un hôtel par internet avec Meryl pour la nuit à venir (il est déjà 21 h), nous voyons revenir Maude avec une botte « attelle » signe d’une entorse sérieuse. Nous rejoignons notre hôtel en taxi. Il est déjà 22 h. Il y a, à peu, 12 h, nous étions seuls au camp de base du Plomo à 4 100 m. Autant dire que le retour à la ville est rapide et traumatisant ! Notre chambre se trouve dans un complexe d’immeubles de 4 tours avec chacune 20 étages. Nous sommes dans la tour C à l’appartement 1104. Nous voulions deux chambres et de plain-pied pour que Maude n’est pas d’escaliers à monter. Au final, nous découvrons un loft avec une chambre accessible par escalier. Il est trop tard pour changer et c’est toujours mieux que la tente par 0°C.

 

Le lendemain, nous demandons un autre appartement. Nous nous apprêtons à déménager au 810 de la même tour quand nous nous rendons compte qu’il est encore moins bien que le nôtre. Nous décidons alors de rester dans le 1104 mais trop tard, nous devons le libérer pour les locataires suivants. Les gérants nous proposent alors le 304 toujours dans la tour C. Le 304 est à l’identique du 1104 (type loft). Rapidement, nous nous rendons compte qu’il est une pâle copie du 1104 en plus vieux, plus sale et en moins équipé.

Nous n’avons plus la force de discuter avec les gérants que nous pouvons plutôt qualifier d’in-gérants. Pour se détendre, nous profitons de la piscine sur le toit qui offre une vue panoramique sur la ville avec au loin le Cerro Plomo qui nous manque tant ! Nous nous faisons aussi plaisir avec des bons repas qui nous changent de nos 6 jours de produits secs.

 

Dimanche matin, c’est la libération !! Nous quittons les tours pour revenir à notre sympathique appartement AirBnB de la semaine dernière. Ici, nous sommes au calme dans un appartement propre avec plus que trois fourchettes ! Malgré ses jours qui s’enchainent à Santiago, nous n’avons toujours pas pris le temps de visiter la ville. Il faut dire que Maude est en attelle, que nous sommes fatigués de nos 6 jours de marche et que nous ne sommes plus habitués à la forte chaleur et à la pollution citadine.

 

C’est donc avec plaisir que nous nous reposons, mangeons et préparons la suite et, quasi fin de notre road trip en Amérique du Sud. Et oui, le retour est dans moins d’un mois maintenant ! Kevin et Maude vont, eux, prendre un peu plus de repos pour réparer la cheville de Maude avant de se rendre à vélo vers la Bolivie. Quand à Meryl et moi, nous allons pousser encore un peu plus au nord de Santiago pour aller découvrir la vallée del Elqui, connue pour être le lieu de production du Pisco chilien. Ensuite, ce sera la redescente vers la ville de Valparaiso pour visiter ce magnifique port coloré chilien. Vous l’aurez compris, fini les treks. Il est maintenant temps de se reposer un peu et de flâner pour ne pas rentrer fané !

 

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