Et la route 3 se termina a Ushuaia
  

Et la route 3 se termina a Ushuaia

Ushuaia, Argentine le 11/12/2016

 

D’habitude, quand on descend vers le sud, on va chercher soleil, chaleur et plage… Et bien, pas en Argentine. Ainsi, après quelques pouces tendus, des voitures et des traditionnels camions sans oublier de belles rencontres, c’est la pluie, le froid et les montagnes qui nous ont accueilli dans le sud… Bienvenu « Au bout du monde », bienvenu à Ushuaia !

1829 km de stop entre Puerto Madryn et Ushuaia, le record des précèdent 1500 km est déjà battu. Le tout en 4 jours… c’est nos pouces qui sont fatigués. C’est, de la traditionnel station essence YPF que nous tendons, vendredi, nos premiers pouces pour quitter Puerto Madryn. Un Argentin, capot ouvert sur le parking de la station nous fait signe. Il va à Trelew, la prochaine ville, à tout juste 65 km plus au sud. On monte malgré la courte distance et les problèmes mécaniques qu’il semble avoir… 30 mn plus tard, on est déjà dans une autre station YPF, vitesse moyenne 130 km/h. Ici, pas de radars.

 

Le second, c’est Bruno, un beau « bébé » Argentin qui nous propose de nous déposer à la sortie de la ville, en direction du sud, dans une autre station essence. Sûrement un des stops les plus courts, à peine 10 km. Sur le chemin, il fait un détour… Le doute s’installe mais il nous dit qu’il passe chercher un truc chez lui. Meryl se demande s’il va sortir de la maison avec une arme ? A moins qu’une arme se transporte dans un landau et qu’elle gémisse, nous ne craignons rien. Ce père de famille dépose, brusquement, sur le siège arrière, son enfant âgé de 14 mois. Finalement, c’est le bébé le plus en danger : son père ne l’attachant pas et lui cognant la tête en fermant la porte. Il finit, finalement, sur les jambes de Bruno puis, dans mes bras. Très gentil, Bruno nous donne son numéro au cas où nous resterions bloqués dans cette nouvelle station essence. Il repart avec le bébé posé à même le siège passager.

 

A l’entrée, il y a un couple, ; à la sortie, une mère et son fils et ; au milieu, il y a nous. C’est la première fois que nous avons de la concurrence en stop. Il va falloir la jouer fine. Notre tactique est simple : rester dans la station et capter l’attention avec notre pancarte. Le premier camion qui s’arrête est pour la mère et son fils au grand désarroi du jeune couple. Après un peu plus d’une heure sous un beau soleil, un camionneur nous informe qu’il part dans 30 mn et qu’on est les bienvenus. Le jeune couple fini par venir dans la station et décolle en même temps que nous. Dans les 20 m de son camion, Walter transporte et conduit des tonnes de margarine. Le courant passe très vite avec lui. Son rire est bien plus communicatif que notre espagnol mais qu’importe, on a le temps de se faire comprendre, car notre destination finale, qui se précise au fil des kilomètres, est à plus de 500 km… et à 60 km/h voir parfois 30, on peut même travailler notre accent.

 

On n’échappe, bien sûr, pas au Maté que l’on commence même à apprécier surtout quand il est sucré. Autre habitude Argentine que l’on découvre, celle de communiquer via Whats’App avec leur téléphone. Les forfaits, comme le réseau, sont limités. Alors, les argentins enregistrent des messages vocaux qui sont envoyés quand le réseau est là… et tout le monde fait comme ça ! Même pour des choses plus importante comme le contrat de location qu'on avaeit eu pour la voiture. La route est longue et rarement intéressante, sauf pour la dernière centaine de kilomètre qui longe l’océan.

 

La nuit tombe et ça fait déjà 9 h qu’on roule, alors, quand il nous montre, lors d’un arrêt, toutes les photos sur son téléphone et qu’il refait un Maté… là, le Maté a un goût très amer ! Il est enfin 23 h quand Wlater nous débarque peu amicalement de son camion dans la station essence de Fitz Roy, petite ville perdue et battue par le vent… on à froid et on se voit mal planter la tente derrière la station. Après quelques empanadas, on demande au gérant de la station si on peut mettre la « carpa » par là. Il me demande de le suivre et à la lumière de ma frontale, il me montre un conteneur. Je me dis qu’on sera un peu à l’abris du vent mais mon sourire s’élargi quand il ouvre le conteneur et me dit qu’on peut dormir tranquillement dedans. 
Avec Meryl, on a l’impression qu’on nous offre une chambre d’hôtel dans laquelle on s’empresse d’installer nos duvets… Et dire que tout ça s’est passée dans une seule journée ! Moment inoubliable qui ne se vit et ne se comprend que dans ce mode de voyage.

 

On désespère et le fort vent accentue l’attente d’une voiture ou un camion en ce samedi matin. Coup de frein, marche arrière, ouverture de porte et à notre plus grand plaisir, Hugo (un Argentin) peut nous déposer 400 km plus au sud. Après l’éternel trajet en camion d’hier, la route en voiture est digne d’un trajet TGV, surtout qu’Hugo à le pied lourd, 130 km/h en moyenne… certes la route est droite mais ce n’est pas une autoroute. Avec lui, on apprend plein de choses fortes intéressantes. Il faut dire qu’il parle assez bien français. Hugo travaille comme consultant dans le pétrole (beaucoup de gisements en Patagonie) il a beaucoup voyagé pour son travail et à un œil aiguisé sur son pays.

 

Question coût de la vie en Argentine, ça devient horriblement cher (et on l’a bien compris depuis 2 semaines). Chaque année, l’inflation augmente sans que les salaires ne suivent, comme chez nous ou ailleurs, mais ici c’est plus l’inflation mais l’inflammation ! De ce fait, le pays est devenu, en peu de temps, un des plus cher d’Amérique du Sud. Ceci n’est pas bon non plus pour le tourisme qui s’effondre chaque année un peu plus. Aujourd’hui, ce sont principalement les Argentins qui voyagent dans leur propre pays. Selon Hugo, les derniers changements politique pèsent fortement dans la balance. Hier, il y avait du travail et, aujourd’hui, alors qu’il se fait rare, la population ne se manifeste pas. Alors, on se demande comment ils font pour vivre. Entre petits boulots, débrouille et fatalisme, les Argentins vivotent dans un pays qui virevolte.

Et pour manger vous faites comment ? Il faut dire que, depuis notre arrivée, on a trouvé les produits très très chers dans les supermarchés et dans les restaurants et, qui plus est même pas variés ou savoureux. Hugo répond simplement : « l’Argentine n’est bonne que pour le mouton ou le poisson. Au petit déjeuner, on boit un café avec une pâtisserie. Pour le midi et soir, si tu vas au restaurant, la carte est souvent la même avec Pizzas, Sandwichs, Burgers/Frites et Pâtes. Les repas sont d’influence USA et Italie. A cela, on ajoute que l’Argentine est un des pays au monde où l’on consomme le plus de Coca Cola. Inutile de vous dire que pour la gastronomie, il faudra donc choisir une autre destination… a moins que vous vous régaliez d’Empanadas tous les jours.

 

Toutes ces discussions confirment ce que nous constatons depuis notre arrivée, et ont le mérite d’occuper les 3 h de route toujours aussi monotone dans ce paysage plat, sec et venté qu’offre cette partie de la Patagonie traversée par la route 3. Sans surprise, nous nous séparons avec Hugo dans une énième station essence en début d’après-midi. Cette fois, on prend notre temps, surtout qu’on est dans la plus « belle » ville qu’on est croisée depuis plus de 1000 km : Luis Piedrabuenas. Il faut dire qu’elle est construite au bord d’un fleuve qui apporte un peu de vert dans ce désert. Par contre, elle n’échappe pas à l’urbanisme anarchique et inabouti commun aux autres villes où les entrepreneurs démarrent des chantiers dont ils ont la fâcheuse manie de ne pas terminer par manque de moyens.

 

Ce soir, pas de conteneur mais un camping sur une ile au milieu du fleuve. Plutôt agréable sauf qu’on est samedi soir, et que les Argentins se sont donnés rendez-vous ici pour une autre de leur tradition : le BBQ ! Malheureusement, ces BBQ en famille et entre amis s’accompagnent de bière, Fernet (alcool Italien que s’est attribué l’Argentine) et musique… Heureusement, le vent souffle fort et étouffe les bruits du BBQ à défaut des braises.

 

Dimanche matin, on commence bien puisque c’est une voiture qui s’arrête et elle descend à Rio Gallegos, 238 km toujours plus au sud. Pacha et Nico sont un jeune couple Argentin qui à eux deux cumulent au moins 5 jobs annuels différents. Ils ont en commun un job, celui de guider dans un parc de la Patagonie. Nico nous dépose à notre arrêt de bus : la station essence YPF de Rio Gallegos, seconde ville de la Patagonie qui ne semble pas offrir grand intérêt. A 16 h, on est toujours ici, et on se demande si ça vaut le coup de monter avec un autre couple argentin qui vient de s’arrêter et qui peut nous déposer à la frontière chilienne. Notre devise est d’avancer alors on monte et, 40 mn plus tard, le tampon du Chili apparait sur notre passeport. A partir d’ici, on va alterner Chili et Argentine pour quelques semaines.

 

A 17h30 c’est Jorge, notre premier Chilien qui s’arrête à la douane pour nous prendre dans son haut camion jaune. Le trajet est court et très sympathique, mais quand il nous dépose à une intersection au milieu de nulle part à 18h, on se demande pourquoi on a continué à lever le pouce.

 

Le dilemme et que nous avons encore 15 km avant d’arriver au ferry et qu’après le ferry la prochaine ville est à 250 km. L’heure avance et les véhicule en direction du ferry nous snobent ! 19h, ouf un Chilien nous ouvre la porte de son camion… on se voyait déjà planter la tente derrière un bosquet. 

 

Le ferry, gratuit pour les piétons, s’engage sur un bras d’océan de 5 km séparant Patagonie et Terre de Feu. Lors de la traversée, on aperçoit quelques dauphins et on s’interroge sur la suite de notre journée de stop. La solution la plus logique est de planter la tente en Terre de Feu puisqu’il est déjà 21 h lors de notre débarquement.

 

Mais nos pouces ont encore de l’espoir et, avec l’aide des employés du ferry, on trouve notre salut dans une camionnette rouge qui file en direction de Rio Grande, la grande ville à 250 km. Leurs occupants, Irma et Manuel, sont un couple Argentin avec qui on accroche rapidement et tant mieux car on va passer avec eux 4 h de route et chemin. Un Maté pour engager la discussion et ils nous proposent rapidement de dormir chez eux vue l’heure tardive à laquelle on va arriver. Il faut dire qu’une bonne partie de la route est de la piste qui plus est de nuit et empoussiérée par les camions. A cela s’ajoute deux nouveaux passages de douane, car nous quittons le Chili pour repasser en Argentine… notre premier séjour Chilien fut donc de courte durée.

 

A presque 2 h du matin, on termine enfin notre journée de stop après 614 km de route et 5 km de ferry. Nos hôtes nous ouvrent leur maison dans laquelle il nous propose la chambre du bébé qui doit être de sortie. Généreuse, Irma nous cuisine quelques pizzas et les discussions continuent autour de quelques verres de Fernet-Cola. A 4 h, la fatigue nous emporte tous et on peut, enfin, s’endormir et ressasser ce long dimanche qui n’a pas été de tout repos.

 

Une nouvelle semaine commence en ce lundi matin, la troisième de notre voyage. Au petit déjeuner, Irma nous prépare des milkshakes à la fraise, qui une fois dans notre bouche n’ont pas le goût escompté. Zut ! c’est, en fait, une préparation à base de compléments alimentaires, Irma étant une représentante de la marque Herbalife : des poudres ayant pour premier objectif la perte de poids… Alors, vite on en reprend bien volontiers même si ce n’est pas très bon ! Surtout si je peux avoir le même corps que Cristiano Ronaldo qui est l’effigie de la marque et trône sur l’affiche collée au mur de chez Iirma, à côté des dizaines de boites Herbalifes.

 

Manuel se rappelant aux bons desserts européens, nous demande si on peut lui préparer un Crumble aux fruits pour midi. C’est avec plaisir que nous nous exécutons, Meryl à la pâte et moi aux fruits. Notre dessert qui fait l’unanimité, est partagé avec des amis de Manuel invités pour l’occasion. Jamais un dessert n’aura été autant pris en photos, je suis sûr qu’il est imprimé à côté de C. Ronaldo.

 

Cette fois, c’est sûr, il n’y a plus aucuns doutes, les deux enfants d’Irma viennent de nous le confirmer, et ça dure depuis déjà 2 semaines… on se demande même encore comment on a pu arriver jusqu’ici… Sur notre pancarte d’auto-stop est écrit USHUIAI, alors que nous allons à USHUAIA ! Ses enfants s’empressent de nous refaire notre panneau pour qu’on arrive à bon port… si près du but, cela aurait été dommage que personne nous prenne ne sachant pas où est cette ville aux deux I pourtant si semblable à celle aux deux A.

 

En début d’après-midi, Irma et Manuel nous proposent un city tour dans leur ville de Rio Grande. D’un côté de la ville, c’est l’océan et de l’autre, le vent, un bon rafraichissement malgré le soleil… Et ça pourrait être pire si l’océan et le vent étaient du même côté ! Ici, la fierté, ou plutôt l’honneur de Rio Grande, est d’être la ville symbole de la guerre des îles Malouines : deux îles face à la Terre de Feu baignant dans l’Atlantique et qui ont malheureusement baignées dans le sang. Longtemps sous le régime Espagnol, les îles sont passées ensuite sous la couronne Anglaise en 1833. Ayant une position géographique importante en tant que porte d’entrée vers l’Antarctique et réserve de pétrole, les Argentins se sont livrés une guerre contre les Anglais pour se les attribuer.

 

En 1982, le 28 mai, la guerre est déclarée, un combat sanglant coutera la vie à plus de 600 Argentins, notamment des jeunes envoyés là-bas sans expérience militaire. Un mois plus tard, le 17 juin, la guerre se termine et les îles restent Anglaises. L’acharnement des militaires et du peuple Argentin à considérer que, de fait, ces îles sont argentines a quelque chose d’un peu épuisant : du sud de la Patagonie à la Terre de Feu, on peut voir des pancartes garantissant que « Las Malvinas son argentinas », des reproductions de l’île aux couleurs argentines et, plus fort encore, ici à Rio Grande, une reproduction de l’île avec des troupes argentines qui plantent le drapeau national, tout ça à côté d’avions ayant servi aux combats. Et dire que les Malouines ont été en tout premier lieu colonisées par des français originaires de… Saint Malo, c’est-à-dire des Malouins, d’où le nom des îles. Heureusement, ils nous en veulent moins qu’aux Anglais ou qu’aux Chiliens. En effet, dans ce conflit Anglo-Argentin, les Chiliens n’ont pas été de bons voisins, laissant les Argentins s’enliser seul dans ce conflit alors que la Terre de Feu se divise entre ces deux pays. Cet épisode a cassé « l’amitié » entre ces deux pays, paroles d’Argentins.

 

Cela n’enlève rien à la gentillesse de notre couple Argentin qui nous dépose devant un poste de police à l’extérieur de la ville pour continuer notre route vers Ushuaia. Les au-revoir sont chaleureux et les agents de police sont bien aidants en demandant aux voitures contrôlées si elles peuvent nous prendre. C’est finalement à la lecture de notre panneau à l’orthographe correcte, qu’un Bolivien vivant à Ushuaia nous embarque pour notre dernier stop de cette route 3. Les paysages changent très rapidement, le désert Patagonien laisse place à des collines verdoyantes où courent ruisseaux et cascades se terminant dans des lacs au bleu intense. Au fond, on aperçoit les pics abrupts de cette sauvage et magnifique Terre de Feu.

 

Sympathique, notre conducteur le devient un peu moins lorsqu’il évoque les étrangers et affirme clairement qu’il nous a pris car il est marqué sur notre panneau «Français ». Bon, je suis un peu médisant car c’est un grand amoureux de l’Allemagne pour les voitures et de la Grèce pour, on ne sait pas. Il nous aurait donc, également, pris si on s’appelait Frantz et Katerina ou Nikos et Anthéa. Par contre, aucunes chances si nous étions Anglais ou pire encore si notre destination était les Malouines. Qu’importe, c’est avec lui que nous franchissons les portes d’Ushuaia, et en descendant de la voiture, on réalise enfin qu’on est arrivé au bout du monde après 3372 km d’auto-stop !

A Ushuaia « baie pénétrant vers l’ouest » (en langage Yaghan), impossible de planter sa tente. Il faut donc se mettre à la recherche d’une guesthouse. Nous parcourons les premières rues qui nous donnent une image plutôt agréable, avec ses maisons aux toits de tôle ondulée et aux murs colorés, comparée aux dernières villes parcourues. C’est dans une guesthouse un peu planquée, chez Momo, que nous trouvons une chambre « pas trop cher », oui, l’Argentine est cher et Ushuaia en est sa capitale. Qu’importe, le lieu est tranquille, tenu par des vrais d’Ushuaia et surtout loin de l’agitation des guesthouses où se retrouvent des dizaines de jeunes vadrouilleurs venus d’un peu partout. C’est assez bizarre de fuir des gens qui nous ressemblent, mais il nous est plus important de vivre isolé de l’agitation touristique parfois « surfaite », pour mieux sentir et se sentir dans l’environnement.

 

Culinairement, on se régale enfin, ayant découvert une échoppe où l’on peut manger de bons empanadas. Fatigués et un peu déboussolés de se retrouver déjà au bout du monde, nous sombrons dans notre première nuit Ushuaiaenne. 
Mardi, qu’on se le dise, nous sommes au sud mais avec une météo nordique… c’est ce qui arrive quand on descend trop bas, on se rapproche du pôle, et même si c’est le pôle sud, un pôle est un pôle, il y fait froid ! Au froid, s’ajoute la pluie et le vent, de quoi nous faire vite oublier les chaleurs Patagoniennes. Mais, la simple évocation du mot Ushuaia dans nos bouches, nous donne de la motivation pour découvrir la ville. Balade le long du port où arrivent bateaux de commerces et touristiques, et surtout d’où partent les croisières pour l’Antarctique.

 

La découverte de ce continent énigmatique ne sera pas pour cette fois, c’est un « peu » hors budget et surement pas bon pour les manchots qui doivent se sentir de moins en moins seul et de plus en plus étriqués sur leur morceau de glace. On continue alors d’arpenter les rues qui montent et descendent, il faut dire que la ville est coincée entre la mer et la montagne. Montagnes qui sont encore bien blanches pour un début d’été… si l’été existe ici ! Restaurants, hôtels, banques, agences d’activités outdoors, vitrines affichant des prix last minute pour l’Antarctique (5.000 $ pour 8 jours), tout est réuni à Ushuaia pour faire sortir les gros Pesos du porte-monnaie.
Pour nous, ce sera des petits Pesos dans notre échoppe alimentaire déjà favorite, et c’est autour d’un bon morceau de poulet qu’on prépare notre première randonnée, la montée du Cerro Medio.

 

Mercredi, malgré un temps capricieux, on s’élance à la conquête du sommet du Cerro Medio (940 m). Il nous faut d’abord sortir de la ville puis, on s’attaque à deux longues heures de marche dans une forêt de boulots dense ! On essuie quelques gouttes puis, au fur et à mesure de la montée, les gouttes se transforment en flocons. Youpi il neige ! A la sortie de la forêt, la marche se fait sur du pierrier jusqu’au sommet. Là-haut, la vue est assez dégagée pour voir Ushuaia et le canal de Beagle. Ça vaut le coup de lutter contre le vent et les quelques flocons. Pour la redescente, on coupe droit dans le pierrier puis on retrouve la forêt. Cette mise en jambe nous les a cassée, faut dire que ces derniers jours on était souvent assis.

 

Jeudi matin, malgré les courbatures et le temps maussade, on part en direction de la Laguna Esmeralda. Un bus nous amène au point de départ où se trouve un chenil. Ici l’hiver, on fait du chien de traineau. La randonnée n’est pas très difficile et permet d’admirer des paysages magnifiques, entre prairies et sous-bois. Arrivés à Laguna Esmeralda, on ne peut être que contemplatif, le site est somptueux : un lac glaciaire bleu turquoise encadré par de haut pics enneigés tout ça sous un ciel presque bleu… du beau temps, c’était inespéré ! On comprend vitre pourquoi cette balade est si connue et fréquentée.

 

De retour à la ville, on se dit qu’on ne peut quitter Ushuaia sans avoir gouté à la spécialité, le king crabe. C’est dans un restaurant Chilien qu’on le déguste, même si ça ne restera pas dans les mémoires, on s’est régalé d’autant plus qu’on a bu notre premier Pisco sour (fameux cocktail chilien emprunté aux boliviens). On digère nos assiettes avec une balade sur le port encore bien éclairé par quelques rayons de soleil qui se couche de plus en plus tard pour se lever de plus en plus tôt. Et ce jusqu’à l’équinoxe du 21 décembre… il ne faut pas oublier qu’ici c’est le début de l’été, même si c’est parfois difficile à imaginer, et que nous sommes prêt d’un pôle (on connait ça avec l’Islande).

 

Notre fin de semaine se passe dans le Parc National « Terra del Fuego » qui se situe à 20 mn d’Ushuaia. L’origine du nom « Terre de Feu » ferait suite au premier nom du territoire « terre de fumées », donné par Magellan en 1520. Ce dernier aurait vu des fumées provoquaient par les feux des indigènes qui y vivaient : les Alakaluf partaient plusieurs semaines sur la mer et allumaient des feux dans leurs barques en permanence pour se maintenir au chaud. Plus tard, Charles Quint, conformément à l’adage « il n’y a pas de fumée sans feu », renomma l’île « Terre de Feu ».

 

D’une superficie de 63.000 ha, il est possible de découvrir une petite portion du parc à pied et d’y dormir dans les quelques campings basiques et gratuits. Nous posons notre tente dans l’un des campings et attendons dedans que la pluie cesse. En milieu d’après-midi on peut enfin se dégourdir les jambes sur de courts sentiers. Le premier, nous mène au kilomètre 3079, symbolisant la fin de la route 3 partant de Buenos Aires, route que nous avons entièrement effectuée en stop. C’est avec un peu de fierté que nous posons devant le panneau symbolique. Imaginez alors la fierté de ceux qui effectuent cette route en vélo et, encore plus fou, ceux qui partent d’Alaska pour arriver ici, 17.848 km plus tard… A l’opposé de la Terre, d’un Pôle à un autre.

 

Sur un autre sentier, on découvre un couple de Bernache de Magellan (oie), dont le mâle, comme souvent, est magnifique, il se pare d’un plumage blanc et noir avec des ailes aux reflets verts.

 

Sur le retour, vers le camping, on est consterné devant le travail effectué par les castors qui ont été introduit ici. On n’en verra malheureusement pas, mais les barrages et cabanes construits par ces rongeurs sont impressionnants. Ce qui l’est encore plus c’est le nombre hallucinant d’arbres abattus par ces animaux pouvant mesurer jusqu’à 1m20 pour 20 kg. Leurs dents doivent être en acier ou bien ils sont munis de scies sous leur pelage. Le problème est que les espèces d’arbres rongés ne repoussent pas et donc se meurent. Cela offre un spectacle plutôt photogénique mais pourquoi avoir introduit ces castors dans un parc où l’on souhaite préserver l’habitat naturel ? Et bien dans les années 1950, on a introduit quelques catrods dans un but lucratif, vendre sa fourrure. Mais les castords se sont multipliés atteignant aujourd'hui 100.000 individus en terre de Feu. La fourrure n'est plus en vogue et aujourd'hui on tente d'exterminer l'espèce, le seul moyen pour limiter la déforestation et ses conséquences.D’autant plus que le vent et la neige se charge déjà bien de déraciner les arbres par centaines. Enfin, si un arbre pense échapper à tout ça, il faut encore qu’il lutte contre les coups de becs ravageurs des Pics ici de couleur noir.

 

Samedi matin, après une nuit claire et lumineuse, le réveil se fait sous un ciel bleu et ensoleillé. Quel bonheur de pouvoir petit déjeuner en dehors de la tente dès 7h30. Levés tôt mais avec une météo pareille, il faut vite en profiter, ça tourne vite. L’objectif de la journée est l’ascension du Cerro Guanaco, attention, on ne parle pas de chevaucher un Guanaco mais bien de monter un sommet avoisinant les 1.000 m. Quand on part de 0 m, 1.000 m ça fait quand même loin, surtout dans notre grand état de forme. Les premiers mètres annoncent la couleur, ce sera pentu, très pentu ! Une longue partie en sous-bois où l’on admire une quantité de fleurs vu qu’on a la tête bien baissée.

 

A la sortie du bois, on peut jouir d’un panorama sur plusieurs lacs et notre camping bien loin déjà. Mais, en tournant la tête de l’autre côté, on constate aussi qu’il reste une bonne pente en pierrier jusqu’au sommet. 1 h plus tard, on observe sur notre gauche la baie d’Ushuaia et sur notre droite le parc « Terra del Fuego », on culmine à 1.000 m ! Nous sommes seuls ou presque, un renard fétiche et grelotant vient nous rendre visite et prend sans craintes la pause. Il restera à quelques mètres un bon quart d’heure avant de redescendre hors sentier.

 

Le vent et la pluie-neige nous invitent, à notre tour, à redescendre sur le même sentier. Arrivés en bas, il nous reste encore un peu d’énergie pour suivre un sentier casse-pattes en direction de la frontière Argentine/Chili. La marche longe un grand lac mais est épuisante pour seulement trouver une balise en vieille ferraille marquant la frontière à ne pas franchir… ce que l’on a bien entendu fait, pour quelques mètres !

 

Cela fait 10 h que nous marchons quand on arrive au camping sous l’œil de la famille Cygne à cou noir et d’un Caracara huppé (rapace). Epuisés, il faut trouver encore un peu d’énergie pour s’étirer, faire une pseudo-cuisine et se laver dans l’eau gelée (pour moi, Meryl sent bon en toute circonstance).

 

Dimanche, dernière matinée dans le parc, et du coup levés tôt, 6h30, car le bus nous récupère à 12h30 à un endroit se situant à 4 h de marche. Le sentier côtier se perd entre forêts aux racines piégeuses et panorama sur le canal. On a mal aux jambes de la veille, mais ici pas de boue à éviter ou prête à vous faire glisser comme lors des précédentes randonnées. Ici aussi, les arbres sont mangés par des champignons qu’on prendrait pour des mirabelles de loin.

 

Une fois sec, ces champignons créent comme une grosse verrue sur la branche. Fini de marcher, nous sautons dans le bus et sortons du parc après 3 belles journées et près de 30 km de marche. Une douche chaude et une lessive, la ville à quand même du bon.

 

Cette après-midi, on prépare nos sacs pour notre prochaine aventure : On quitte Ushuaia demain matin pour se rendre encore plus au sud, sur l’île Navarino. Il parait que c’est là-bas qu’on trouvera la ville la plus australe au monde, Puerto Williams, en plus de voler la vedette à Ushuaia, cette ville est Chilienne ! Mais, ce qui nous intéresse sur cette île de l’autre côté du canal de Beagle, c’est qu’elle abrite le trek le plus austral au monde, Los Cerros de Dientes, qui va nous occuper cette nouvelle semaine toujours un peu plus au sud !

 

 

Le plein de photos du « bout du monde » dans Photos de voyage, Ushuaia

 

De Buenos Aires à Ushuaia en stop, 3372 km

 

 

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