Exceptionnelle El Chaltén
  

Exceptionnelle El Chaltén

El Chalten, Argentine le 11/01/2017

 

El Chalten est à l’Argentine ce que Torres del Paine est au Chili : le temple de la randonnée (inter)nationale ! On ne revient pas sur le spectacle qu’offre le trek du W et ses magnifiques montagnes… Etalons nous plutôt sur la beauté minérale qui se dresse sur les chemins d’El Chalten autour du Lac Torre et du Mont Fitz Roy. Bienvenue dans une nouvelle semaine de randonnée !

 

Mardi dernier, on quitte El Calafate à la manière Pekin Express. En effet, on se dit que sortir de la ville pour commencer le stop est une bonne idée. Cependant, nous ne sommes pas les seuls à partager cette idée. Une bataille stratégique et mentale se livre donc avec 2 autres binômes le long de la route qui nous sort de El Calafate. D’habitude, il est préférable d’être devant les autres mais nous décidons de prendre nos distances et de rejoindre, à 3 km, un poste de contrôle, laissant les 2 autres binômes se disputer la sortie d’un rond-point. Après 1 h d’attente, on est toujours au bord de la route et les autres ne sont pas encore passés en voiture. C’est alors qu’un trio d’auto-stoppeuses, posté juste après le contrôle de police, perd patience et rentre sur El Calafate. Ni une ni deux, nous prenons leur place en étant persuadé qu’elle est le meilleur endroit pour lever le pouce : il n’y a plus qu’une route, de la place pour s’arrêter et, au contrôle de police, les voitures doivent ralentir. Deux jeunes frères des USA nous donnent raison en s’arrêtant peu après notre nouveau positionnement. Ils font de la place à l’arrière et vont à la même ville que nous…. El Chalten. Le grands gagnant de ce Chalten Express est le binôme français (les autres binômes sont sûrement encore à El Calafate à l’heure où j’écris).

 

Après 2 h de route où nous discutons anglais et fermons quelques fois l’œil, les brothers nous arrêtent dans le minuscule centre d’El Chalten, mais qui n’en est pas moins la capitale nationale du trekking comme c’est écrit à l’entrée.

 

Nous prenons nos marques : camping, renseignement sur les randonnées possibles, courses. Dans une des quelques rues, nous tombons sur un autre binôme USA que nous connaissons déjà, c’est Zac et Victoria (connus à Puerto Williams sur le trek de Los Dientes). Ils sont ici depuis 2 semaines et demain partent pour El Calafate… Nos routes sont opposées mais se croisent le temps d’une soirée que nous partageons bières, burgers et jeux de cartes.

 

Mercredi après-midi, nous déclarons notre itinéraire aux rangers puis partons le sac chargé, sans surprises, pour une randonnée itinérante de 6 ou 7 jours à la découverte des célèbres sommets qui font le renom d’El Chalten.

Première étape direction le camping De Agostini (nom du Père Alberto De Agostini, un montagnard Italien connu pour ses expéditions en Patagonie) qui se trouve au pied du Cerro Torre et de ses acolytes. Après une heure de marche, le paysage s’ouvre sur une vue qui nous laisse pantois : une vallée verdoyante d’où immerge les aiguilles du Cerro Torre et les cimes du Fitz Roy &co. Le reste du chemin est comme aimanté par le Cerro Torre et autres aiguilles que nous découvrons de plus près une fois arrivés au bord de la laguna Torre. Le ciel est d’un bleu tranchant, ou tranché, par ces aiguilles qui culminent autour de 3000 m (3102 m pour le Cerro Torre).

 

Le camping De Agostini se situe dans un sous-bois en bord de rivière et à tout juste 5 mn à pied du lac… Idéal donc pour voir le lever de soleil le lendemain à 5h30 ! Il est quand même moins facile de se lever mais le ciel toujours aussi dégagé (il paraît que c’est rare ici) motive notre sortie de duvet. Le spectacle est encore plus magique que l’on pensait. Les couleurs se succèdent sur les Cerros et le lac, passant d’une tonalité bleuté froide, au rosé du lever de soleil et autres couleurs chaudes s’exprimant au rythme de la montée solaire dans un silence de cathédrale. Un régal pour les quelques amateurs matinaux et chanceux dont nous faisons partie.

 

On se donne encore un peu de rêves en retournant se coucher quelques heures. Au second réveil, le ciel a changé de couleur et les cimes sublimées par le soleil sont maintenant dissimulées derrières les nuages. Peu importe, l’objectif de ce jeudi est de grimper le Lomo de las Pizarras culminant à 1700 m pour une vue plus large du site de la laguna Torre. Le chemin qui grimpe au sommet n’est plus fléché et plus visible. Il est laissé à l’abandon. On navigue donc un peu en sous-bois avant de découvrir la longue crête ascendante qui peut nous mener au sommet. Je dis « peut » car en sortant du sous-bois la météo nous rappelle bien qu’on est en Patagonie. Le vent est devenu très fort et s’accompagne de quelques gouttes. On arrive difficilement à 1300 m où nous décidons d’arrêter l’ascension devenant dangereuse due aux fortes rafales. A l’abri d’un gros rocher, nous mangeons notre sandwich face au glacier Grande qui rejoint le glacier Torre. Ces deux glaciers alimentent à eux deux la laguna Torre.

 

Pour redescendre, nous sortons du « chemin » et prenons un pierrier avant de progresser à « vue » dans une forêt aux pentes abruptes et aux racines piégeuses. Nous retombons finalement sur le sentier menant au camping. Nous faisons un crochet pour revenir par les moraines latérales de la laguna Torre où nous nous faisons souffler et mouiller de belle manière. Ouf ! La tente est toujours là et, après une toilette spartiate dans la rivière glaciaire et une timbale de pates dans le haut-vent de la tente, nous ne tardons pas à nous endormir fatigués de cette journée riche en émotions.

 

Vendredi matin, ou plutôt midi, nous remettons les sacs sur le dos pour se rendre au camping de Poincenot à 3 ou 4 h de marche. La météo est plus clémente et le sentier roulant. De jolies fleurs aux teintes jaunes bordent le chemin qui évolue longuement en sous-bois. Au bord de la laguna Hija, on pique-nique sous un ciel qui cherche son bleu, et qui finit par le trouver quand on quitte la Hija pour la laguna Madre. Comme mère et fille, ces deux lacs se succèdent en beauté et nous offrent au loin une ébauche des sommets du Fitz Roy.

  

En arrivant au campement Poincenot (du nom de Jacques Poincenot, alpiniste français qui participe en 1952 à l’expédition française pour la conquête du Fitz Roy. Il meurt avant l’ascension en se noyant dans le rio Fitz Roy alors en crue. Pour honorer sa mémoire, son nom a été donné à une cime proche du Fitz Roy), notre routine est bien en place : recherche du meilleur emplacement pour la tente, montage de la tente, 15 insufflations pour le matelas, 5 pour l’oreiller (tout en double pour Meryl), déroulement du duvet, étirement du corps, rivière ou lingette pour la douche, soupe/riz ou pates, lecture et dodo tôt. Surtout que demain c’est un nouveau lever matinal pour un nouveau lever de soleil.

 

Il est 4h quand le réveil sonne. De notre tente, on aperçoit le sommet du Fitz Roy, c’est bon signe. Vite, vite !!! Il y a quand même une bonne heure de marche pour rejoindre la laguna de los Tres où l’on va admirer le spectacle. Et quelle heure de marche ! Sous les étoiles, mais à la frontale, il faut réveiller son corps au cours d’une montée d’1 km pour 400 m de dénivelée positive. Un peu indigeste comme le petit déjeuner. On le sait, il faut être à l’heure surtout que le ciel est somptueux et que les premières lueurs se dessinent à l’est. Alors, on accélère le rythme et on enlève peu à peu des couches de vêtements.

 

Nous ne sommes pas les premiers en haut mais l’essentiel est que nous y sommes avant les rayons du soleil. Le panorama devant nous est déjà époustouflant : plusieurs aiguilles acérées naissent de différents glaciers et entourent le majestueux Fitz Roy (3405 m). Les aiguilles, comme nous, semblent intimidées et tenir en respect ce géant Patagonien qui magnifie cette toile minérale.

 

Le cerro Fitz Roy est également connu sous le nom de cerro Chaltén. Le nom de Cerro Chaltén vient du peuple Tehuelche (Amérindiens de Patagonie) qui désignait le sommet par ce nom, signifiant « bleu » dans leur langue. Le nom de Chaltén pourrait aussi signifier « montagne qui fume » dans cette langue faisant allusion aux nuages presque toujours accrochés à la cime du Fitz Roy (qu’on croyait d’ailleurs être un volcan fumant jusqu’en 1902). Le nom de Fitz Roy est donné par l’explorateur Francisco Moreno (qui lui a donné son nom au glacier Perito Moreno) en l’honneur du capitaine anglais (un très grand navigateur et explorateur) Robert FitzRoy, qui l’a précédé dans l’exploration du site autour de 1830. Enfin, pour le côté plus marketing, Yvon Chouinard, créateur de la marque outdoor Patagonia, s’est inspiré de ce fameux massif du FitzRoy pour créer son logo.

 

Le lever de soleil sur le Cerro Torre n’était que l’apéritif… Quand les premiers rayons solaires touchent les tours de granites du Fitz Roy et autres aiguilles, on se dit qu’on assiste sûrement à l’un des plus beaux levers de soleil au monde. Ce qui se passe est difficile à décrire, il se doit d’être vécu. Les tours minérales deviennent un véritable spectacle luminaire. Elles se parent de trois robes différentes à l’instar du lever de soleil sur le Cerro Torre mais de manière encore plus distincte. C’est comme si le Fitz Roy cherchait sa meilleure tenue mais que n’importe laquelle lui colle à la roche.

 

Difficile de détacher son regard. Alors que les premiers rayons redescendent, nous, on continue notre montée. A moindre altitude mais semblant offrir une vue imprenable, le Cerro Madsen (1806 m) nous appelle même s’il est avant tout une ascension réservée aux alpinistes. Mais la neige et la glace semblent avoir fait place aux pierres. De plus, le ciel est dégagé de tout nuages et le vent reste toujours muet. Nous avalons une barre de céréale et commençons à gravir les premiers mètres abruptes d’une montée dans la pierre sans véritable trace !

 

Après 1 h et déjà 500 m de dénivelée positive avalée, nous jouissons déjà d’un magnifique point de vue sur la laguna de los Tres et sa petite sœur qui se remplissent au fur et à mesure de la fonte du glacier de los Tres. Leurs couleurs bleu turquoise et vert émeraude dénotent avec la roche aux teintes rougeâtres sur lesquelles nous marchons.

 

Dès lors, le rouge se mélange au blanc des névés de neige qui ralentissent considérablement notre marche la rendant même difficile quand la neige devient glace. On arrive tant bien que mal au pied du sommet que l’on se dit impossible à grimper de ce côté, avant de trouver une voie plus accessible. Si une corde n’est pas nécessaire, disons qu’elle est quand même préférable. Mi alpiniste mi randonneur, nous arrivons au sommet du Mont Madsen sur une pointe rocheuse qui offre une vue à 360°. Au fond, le Fitz Roy semble s’être rapproché. Sur notre gauche et droite, les lacs et les glaciers imposent leurs couleurs et étendue. Tout à l’ouest, on aperçoit un grand lac marquant la frontière Chilienne, notre future destination… Et toujours sans vent ! Le moment est inoubliable surtout au vu de l’effort qu’il demande.

 

La descente est tout aussi périlleuse surtout quand il nous faut traverser un grand névé de neige qui entraine, sur des parties glacées, chutes et glissades plus ou moins maitrisées. C’est donc plus rassurés que nous retrouvons les pierres jusqu’à la laguna de los Tres.

 

Un petit rafraichissement dans la laguna n’est pas de refus après tous ces efforts, et l’eau n’est d’ailleurs pas si froide qu’escomptée. De toute façon, le cadre est trop beau pour se refuser une trempette dans cette piscine naturelle.

 

On navigue autour de la lagune. Au fond, on aperçoit un campement destiné aux alpinistes. Sur le versant S-E, en contre-bas, la magnifique laguna Sucia alimentée par l’imposant et vertigineux glacier Rio Blanco, et parée d’une nouvelle teinte bleu/vert nous appelle.

 

La redescente, de jour, en direction du campement nous offre un tout autre spectacle que la montée nocturne et révèle sa pente très raide qui suscite quelques bouchons dans les deux sens. A chacun son rythme et son style.
Le sentier pour rejoindre la laguna Sucia est comme celui du Mont Madsen : peu marqué mais beaucoup moins exigeant. Nous suivons le Rio Blanco et évoluons même dans son immense lit de blocs minéral. Au détour d’un rocher, on distingue une masse brune. C’est un Huemul, une femelle. Appelé cerf du sud andin, ce mammifère est classé en danger d’extinction. Assez trapu mais agile, l’animal file à travers les rochers pour trouver l’abri en forêt.

 

Après une bonne heure de marche, nous arrivons finalement au pied du lac dans un site plus étourdissant qu’il n’y parait d’en haut. Un vacarme assourdissant nous fait tourner la tête. Un immense pan de glace vient de se détacher et s’effondre une centaine de mètres plus bas dans la lagune. Ahurissant et fascinant.

 

A 18h, nous sommes de retour au campement. Levés depuis 4 h, ça fait une sacrée journée mais les moments vécus et les images retenues valent bien un peu de fatigue !

 

Dimanche, c’est grasse- matinée. La randonnée pour la prochaine étape est courte et la météo plus fraiche. Le sentier en sous-bois longe le Rio Blanco et offre parfois une vue dégagée sur l’imposant glacier bleuté du Piedras Blancas. Une fois de plus nous assistons à la chute assourdissante d’un sérac qui termine sa course dans la laguna Piedras Blancas.

 

La suite est un peu longue, surtout la dernière heure en sous-bois qui mène au refuge Piedra del Fraile. Si les autres campements étaient gratuits, celui-ci coûte quand même 15 €/pers car le lieu est privé. Et pour ça, on a droit à une douche plus froide que chaude et une vétuste cabane pour faire notre popote. On se sent un peu volé d’autant plus qu’en arrivant, on apprend qu’on ne pourra pas grimper au sommet du Cerro Eléctrico, objectif de notre venue. Pourtant le lonely trekking Patagonie dit qu’il est possible d’atteindre quasi le sommet et les rangers d’El Chalten confirment qu’il est accessible sans faire de l’alpinisme. Ici, c’est un autre discours, le gardien du refuge assure qu’il faut être équipé crampons et piolets et la vue du sommet indique bien que nous ne pourrons pas y accéder.

 

De toute façon, ce lundi matin, la météo n’est pas favorable ni pour un alpiniste ni pour un randonneur. On brave le vent et quelques flocons de neige pour, quand même, jeter un œil au lago Eléctrico. Niché dans une ancienne vallée glaciaire, le site doit offrir de beaux panoramas par météo dégagée, ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui ! L’orange des tentes des alpinistes, au pied du glacier Marconi, est la seule chose que l’on voit au loin.

 

Nous décidons de revenir sur El Chalten après 6 jours d’excursion. Arrivés à la route, nous levons les pouces pour éviter de marcher 3 h sur la gravel road qui rejoint la ville. Marco, un grimpeur du coin, s’arrête et nous évite une longue et pénible marche. En nous déposant, il nous dit qu’il espère grimper le Fitz Roy cette année. 3 jours de grimpe sur cette immense tour, les pieds dans le vide ! Bonne chance et non merci ! 
Nous revoilà donc au camping où l’afflux de touriste ne cesse durant la journée. Il faut dire que la saison commence à être favorable pour les alpinistes, italiens surtout. Les autres nationalités viennent également en masse pour s’attaquer aux différents sommets mythiques que nous avons pu observer d’en bas. Pour nous, El Chalten devrait plutôt se renommer la capitale nationale de l’alpinisme.

 

En ce moment, c’est la phase de transition, celle où nous lavons notre linge, donnons autre chose à manger à notre estomac, reposons nos jambes et préparons la suite. Ayant récupéré un peu de force nous marchons aux alentours d'El Chaltén pour découvrir encore de somptueux paysages, de belles cascades et quelques panoramas supplémentaires sur le massif du FitzRoy.

 

Malheureusement, cette transition est agrémentée d’un des mauvais côtés du voyage : on s’est fait, chacun, pirater notre CB avec deux retraits au Pérou ! Il nous faut bloquer nos CB. Du coup, plus de liquide ! Seule solution : retirer des Pesos Argentins en suffisance et les échanger à la banque en Dollars pour pouvoir, lors de notre futur passage au Chili, les échanger en Pesos Chiliens (impossible de changer des Pesos Argentins au Chili, incroyable). Pour la suite ?! Et bien, on retirera aux Westerns Unions…

Une fois cette mésaventure  quasi-réglée (merci aux familles), nous partirons donc, en fin de semaine, au Chili par la petite porte. Au lieu de faire demi-tour et de reprendre le stop sur les routes pour monter plus au nord, nous continuons par un chemin plus court mais plus tortueux. Si El Chalten est un cul de sac en voiture, il est possible de rejoindre le Chili et Villa O’Higgins grâce à 38 km de gravel road en auto-stop, 6 h de marche au bord du lac Desierto, une nuit au poste frontière Argentin, de nouveau 6 h de marche, une nuit au poste frontière Chilien et, enfin, 4 h de bateau sur el Lago San Matin. Une sacrée aventure qui ne sera rien comparée à la suite.  En effet, arriver à Villa O’Higgins n’est rien en comparaison aux 1240 km de la fameuse route australe qui nous attend derrière. Une route quasi non goudronnée et non habitée mais surtout peu fréquentée par les touristes, à part ceux qui la défient à vélo. Je pense que l’auto-stop sur la Carretera Austral est un défi encore plus grand car à vélo au moins tu es sûr d’avancer ! Mais les paysages sauvages et parcs naturels sont trop tentants pour ne pas tenter notre chance…

 

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