Rando, Glacier, Repos
  

Rando, Glacier, Repos

El Calafate, Argentine le 02/01/2017

 

L’espace spatio-temporel évolue cette semaine, nous passons ainsi de 2016 au Chili à 2017 en Argentine. Et c’est toujours avec le même entrain que nous marchons et découvrons des sites toujours aussi spectaculaires à travers ces deux pays. Récit d’un changement d’année en Patagonie Argentine.

 

Nos pouces ont froid ce matin, le vent souffle et les voitures ne s’arrêtent pas à Puerto Natales. Encore plus rageant, deux mecs qui font aussi du stop un peu après nous (c’est la règle de l’auto-stoppeur, quand tu arrives après, tu te mets plus loin) sont pris par des voitures qui nous passent devant. C’est, finalement, dans la voiture de Manuel qu’on se réchauffe. Ce Chilien nous dépose à une frontière perdue entre Chili et Argentine.

 

Un nouveau tampon puis nous attendons sous un vent toujours aussi violent. Rapidement, un mini-bus s’arrête, à l’intérieur Martin un Argentin chauffeur pour les touristes. Il nous fait monter dans son véhicule vide. Il parle français bien mieux que nous espagnol, alors on discute de nos aventures respectives et de la vie en Argentine… en Français. Nul doute, on est bien de retour en Argentine : la route est, à nouveau, désertique et on retrouve les stations d’essence YPF.

 

En fin de journée on arrive enfin à El Calatafe, une ville sortit au milieu de nulle part et qui, de plus, est verdoyante… Improbable ! Cette ville tire son nom de baies comestibles, Calafate, qui sont déclinées en confitures, glaces et cocktails ! Une légende conte l’origine de cette baie :

« Le Chef Aoinikenk avait une très jolie fille appelée Calafate. Elle avait de grands et beaux yeux dorés. Un jour, un jeune homme nommé Selk’nam passa par sa demeure. Ils tombèrent amoureux tout en sachant que leurs tribus n’accepteraient pas leur union et ils décidèrent de s’enfuir. Le chef Aoinikenk crut que Gualicho, un esprit du diable, avait pris possession de sa fille. Furieux, il consulta un Chamane et lui demanda  de contrecarrer sa fuite. Le Chamane jeta un sort et elle fut transformée en un buisson qui produisit des fleurs jaunes chaque printemps. Ces fleurs sont les yeux de Calafate. Le jeune homme Selk’nam mourut de chagrin, et le Chamane plein de remords, décida de transformer les fleurs de Calafate en un délicieux fruit pourpre qui est le cœur de la jeune Calafate. On dit que tous ceux qui mangent de ce fruit sont pris dans le sortilège de Calafate et « quiconque goûte le fruit, reviendra dans la région » ».

 

La ville s’articule autour d’une très longue avenue, coincée entre les montagnes et un lac à la couleur turquoise. Le site semble agréable quoiqu’un peu trop touristique, et tout y est pour le touriste : bars, restaurants, agences d’excursions, magasins de souvenirs… Alors pourquoi et comment cette ville est si courtisée ? Et bien car elle est la porte d’entrée pour le célèbre glacier du Perito Moreno !

 

Pour le moment, nous on cherche un moyen de se rendre en face du glacier, dans el parque nacional los Glaciares pour une nouvelle randonnée. Ainsi, jeudi matin on prend un mini-bus (en stop la route est trop peu fréquentée) pour se rendre au camping de Lago Roca, lieu du départ de notre trek. Le lieu est magnifique et peu touristique. Au fond se dessinent des hauts pics enneigés d’où descendent des glaciers qui alimentent des lacs aux tontes de bleus très nuancées. Plus proche de nous, se dresse une chaîne de montagne et son point culminant le Cerro de los Cristales à 1286 m, premier objectif de notre trek des 3 prochains jours.

 

Une fois le plein d’eau fait (nous ne trouverons probablement pas d’eau durant les 2 premiers jours), nous nous attaquons à la rude montée en direction du Cerro de los Cristales. Rude n’en est d’ailleurs que le prénom. Après quelques virages, le chemin file droit et le sac s’en ressent à chaque pas un peu plus. Plus on montre, plus la vue qui s’offre à nous est splendide. Au loin se dessine l’immense Perito Moreno. Plus proche, plusieurs lacs de couleurs et de tailles différentes se succèdent. En 4 h, nous arrivons au sommet et contemplons une vue à 360° observant même les tours de Torres del Paine au loin (où nous marchions encore il y a 3 jours).

 

Après réflexion, nous redescendons de quelques mètres sous le sommet pour trouver un endroit où planter notre tente un peu plus à l’abri du vent. Oubliant qu’il est interdit de camper ici, nous construisons un petit muret de pierre avec passion pour protéger notre maison des bourrasques de vent. Le site est magique et la vue durant le repas imprenable.

 

Vendredi matin, la brume s’invite et remonte à toute vitesse les pentes du Cerro. Un peu frigorifiés, nous déjeunons dans la tente avant de lever le camp. Les deux prochains jours se font hors sentier, plus de balisage, plus de trace de pas… Les seules traces que nous observons sont celles des guanacos. La rando est plutôt agréable. Nous suivons une ligne de crête entre pierriers et petits sommets. Dans le ciel, on aperçoit l’envergure d’un condor et, au sol, on joue à cache-cache avec un troupeau de guanacos. Sous les quelques rayons de soleil, on comprend vite l’origine du nom Cristales : plusieurs petits morceaux de quartz scintillent tel du Cristal.

 

Nous quittons ensuite les crêtes sur le versant sud par une descente un peu technique (la chute de Meryl l’atteste) jusqu’à retrouver la forêt puis une vaste plaine. Au loin, nous voyons le lac où nous voulons planter notre tente mais que la marche est longue pour le rejoindre. Notre chemin hors sentier trouve cependant quelques traces, faites par les vaches parquées dans cet immense plaine. Elles nous guident jusqu’à une rivière qui est ensuite le fil conducteur de notre marche. Après une dernière heure de marche difficile (qui verra la perte du buff de Meryl suivi de son deuil) le long de la rivière qui serpente au travers de jolis canyons, nous posons enfin nos sacs sur une plage grise en bord du lac et surtout à 2 mètres de la rivière nous assurant l’eau pour la fin du trek.

 

Samedi matin, le soleil magnifie notre dernier jour de randonnée. Les paysages sont superbes. Nous marchons le long du lac, évoluons sur des plages désertes, grimpons sur des rochers, enjambons des clôtures, rencontrons vaches et oiseaux.

 

Au fond, les sommets enneigés sont toujours présents et, à nos pieds, le bleu du lac est étincelant. Finalement, nous retrouvons la route puis le camping. Delà un jeune couple d’Italien nous prend en stop et nous ramène à El Calafate.

 

C’est les feux d’artifices qui nous font comprendre qu’on change d’année. Fatigués, ça fait déjà longtemps qu’on dort dans la tente après un repas de fête (une bière, un hamburger et une glace). Dimanche matin, je me lève avec le mal de tête et de ventre : la bière était-elle trop forte et le burger avarié ?

 

Non, c’est le soleil de la veille qui était trop fort, résultat petite insolation. Peu importe, aujourd’hui, on va voir le Perito Moreno et c’est un jeune couple Argentin qui nous prend en stop à la sortie de la ville. Le dialogue s’installe rapidement et l’entente est amicale. Alors qu’ils nous expliquent qu’ils ont du mal, comme la plupart des Argentins, à vivre économiquement, ils nous offrent l’entrée du parc. Et oui, il faut payer pour voir ce glacier ! Tellement généreux qu’ils nous proposent même de se retrouver à la voiture dans 3 h pour nous ramener.

 

Le site est très bien aménagé pour le tourisme : pontons en bois, magasins, restaurants… après quelques pas sur le ponton, il est là, nous faisant face, majestueux, bleu et vivant ! On en a déjà vu des glaciers mais celui-ci est si près et bruyant qu’il nous fait oublier tous les autres. Désolée Islande !

 

Le Perito Moreno doit son nom à l'explorateur argentin Francisco Moreno (perito signifiant « expert ») qui a étudié cette région au xixe siècle et joua un rôle majeur dans la défense du territoire argentin.  Son front glaciaire de 5 000 mètres de longueur et de 60 mètres de hauteur s'étend dans le lac Argentino (le plus grand et le plus austral des grands lacs de Patagonie argentine).

 

Le glacier Perito Moreno est une sorte de « langue » issue du champ de glace Austral. Alimenté par cette immense masse glaciaire de plus de 16.800 km2, le Perito Moreno glisserait en fait sur une immense dalle lisse qui lui sert de support. Plus la fonte s’accélère, plus l’eau s’accumule entre la base du glacier et la dalle créant un effet de patinoire et accélérant l’avancée du glacier. Dû à ce phénomène, le glacier avance en moyenne de 2 à 3 m/jour mais alors pourquoi n’est-il toujours pas arrivé à El Calatafe ? Et bien son avancée se limite par deux phénomènes :

La rupture : lorsque le bloc de glace finit par atteindre les rives de la péninsule de Magellan (d’où on observe le glacier), il se forme progressivement une arche de glace. La pression qu’exerce alors l’eau du lac devient trop forte pour ce barrage naturel et s’en suit des fissures et sous la pression la glace finit par céder sur des dizaines de mètres. Un moment magique qui a lieu en moyenne tous les 4 ans.  

Le Vêlage : heureusement le reste du temps, le glacier « vêle » d’énorme blocs de glaces bleus que l’on voit chuter dans un vacarme assourdissant et un spectacle féerique.

Tout ceci contribue à faire reculer ce glacier, ou plutôt à équilibrer son avancement. Ce qu’il gagne finalement il le perd. 

 

Après 3 h à « o’sculpter » cette immensité de glace, nous rentrons avec le couple Argentin. Arrivés au camping, je suis encore plus fatigué que ce matin, nous passons la soirée à ne rien faire, si ce n’est être allongé dans la tente. Ce lundi matin, on prépare notre départ d’El Calafate : on passe à la laverie, on mange une pizza (ça change de la polenta mais ça reste Italien), on écrit quelques cartes, le blog et on fait le plein de nourriture pour la prochaine étape.

 

Demain, départ pour la capitale du trek, la petite ville d’El Chalten, où nous allons marcher pour découvrir la chaine des Fitz Roy et autres merveilles de montagnes. Désolé les chaussures, pas de bonne résolution : On ne vous laissera pas au placard en 2017 ! 

Perito and Co en photos dans Photos de voyage, Argentine, El Calafate

 

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